L'enquête sur l'attentat contre la DCN à Karachi, qui avait longtemps privilégié la piste islamiste, s'oriente vers un contentieux franco-pakistanais, sur fond de contrats d'armements et de
présumées rétro-commissions qui auraient pu financer la campagne d'Edouard Balladur. Le mobile de l'attentat, qui avait fait 14 morts le 8 mai 2002, dont 11 ingénieurs des arsenaux d'Etat DCN,
«apparaît lié à un arrêt des versements de commissions» de la France au Pakistan dans le cadre de la vente de sous-marins conventionnels en 1994, a révélé jeudi Me Olivier Morice, à l'issue d'une
rencontre des juges en charge de l'enquête avec les familles des victimes. Les enquêteurs disposeraient de nouveaux éléments pour accréditer cette thèse, selon Me Morice, qui n'a pas précisé s'il
s'agissait du résultat de commissions rogatoires internationales, de nouveaux témoignages ou d'un travail de renseignement. L'avocat, qui représente sept familles de victimes, pourrait demander
dans les prochaines semaines les auditions d'Edouard Balladur et de Jacques Chirac, ce dernier ayant ordonné l'arrêt des versements de commissions après son élection en 1995. Le président Nicolas
Sarkozy a qualifié cette piste de «fable», vendredi en marge d'un déplacement à Bruxelles. «C'est ridicule (...) c'est grotesque (...) respectons la douleur des victimes, qui peut croire une fable
pareille ?», s'est insurgé le chef de l'Etat. M. Balladur a reconnu jeudi avoir «entendu parler de cette histoire depuis des années» mais souligné que tout s'était déroulé de manière «parfaitement
régulière». Cette piste avait brusquement surgi en 2008 dans le cadre d'une enquête sur des faits présumés de corruption et de ventes d'armes. Des policiers avaient mis la main, lors d'une
perquisition au siège de la DCNS (ex-DCN), sur des documents portant sur des sociétés, Heine et Eurolux, par lesquelles ont transité des commissions versées en marge de contrats d'armements. Un de
ces documents, baptisé Nautilus, et que Médiapart attribue à un ancien agent de la Direction de la surveillance du territoire (DST), faisait état en septembre 2002 d'une «instrumentalisation» de
militants islamistes par des membres des services secrets pakistanais et de l'armée. Selon cette note, au dossier de l'instruction et que l'AFP a pu consulter, «les personnalités ayant
instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l'action poursuivaient un but financier (...) le versement de commissions non honorées». Le versement de commissions, interdit par une
convention de l'OCDE de 2000, était encore légal en 1994. D'éventuelles rétro-commissions dont auraient pu bénéficier à cette époque des décideurs français sont par contre réprimées par la loi. Un
éventuel financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 par des commissions sur des contrats d'armements de la DCN était apparu dans le cadre d'une enquête préliminaire sur
des sociétés d'intelligence économique mandatées par la DCN. Les policiers avaient alors trouvé à la DCN une note mentionnant l'aval pour la création de la société Heine du directeur de cabinet de
M. Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, et celui du ministre du Budget d'alors, Nicolas Sarkozy, laissant «supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au
financement de la campagne électorale de M. Balladur pour l'élection présidentielle de 1995».
Par Momo
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