Le nouvel album de Guns N'Roses, qui sort enfin dans le commerce ce week-end, va devoir prouver que cet ancien groupe phare du hard-rock n'a rien perdu de son attrait, malgré les 12 ans d'attente
infligés à ses admirateurs par le chanteur Axl Rose.
«Chinese Democracy», publié dimanche aux Etats-Unis, constitue le premier disque composé de chansons originales des «Guns» depuis les deux albums «Use your Illusion» en 1991. Rose, 46 ans et
dernier membre du groupe des débuts en 1985, avait commencé à l'enregistrer... en 1994.
En 1999, Rose avait affirmé à MTV que le titre rendait hommage aux mouvements démocratiques en Chine, mais pouvait aussi être interprété de façon ironique. «J'aime juste la façon dont ça sonne»,
avait-il dit.
Le premier album du groupe de Los Angeles, «Appetite for destruction», en 1987, avait provoqué un coup de tonnerre avec ses textes nihilistes. Capable au faîte de sa gloire de remplir chaque soir
des arènes de 80.000 spectateurs, Guns N'Roses revendique 90 millions d'albums vendus.
Mais depuis leur dernier disque de studio, en 1993, l'industrie musicale a spectaculairement changé, passant des CD vendus chez des disquaires aux mp3 souvent piratés, des chaînes hifi aux
baladeurs numériques et des campagnes de publicité classiques au marketing «viral» sur internet.
Les canaux de promotion de «Chinese Democracy» reflètent cette évolution. Il est diffusé en «streaming» sur le site de socialisation MySpace, une des chansons a été dévoilée via un jeu vidéo et sa
vente a été confiée en exclusivité aux Etats-Unis à une chaîne de magasins qui espère en faire un produit d'appel.
«Chinese Democracy» est condamné à être exceptionnel vu l'investissement en temps et en argent: 14 studios ont été utilisés pour enregistrer ses 14 chansons. En 2005, le New York Times l'avait
qualifié d'«album le plus cher jamais enregistré», estimant son budget à 13 millions de dollars.
Rançon des atermoiements créatifs et du caractère notoirement difficile d'Axl Rose, Guns N'Roses compte aujourd'hui davantage d'anciens membres qu'il y a de joueurs dans une équipe de football,
remplaçants compris.
«Axl Rose a montré un profond mépris pour ses admirateurs et le système» de l'industrie musicale, juge Phil Gallo, rédacteur en chef au quotidien Variety. Mais «en raison de l'absence de groupes de
hard-rock dotés d'un leader très charismatique, Guns N'Roses peut toujours faire la différence», explique-t-il à l'AFP.
Le disque, dont l'introduction rappelle «Welcome to the jungle» et qui contient plusieurs ballades du calibre de «November Rain», a été diversement accueilli par la critique.
Le magazine Rolling Stone l'a qualifié de «formidable, audacieux, sans retenue ni compromis. En d'autres mots, il ressemble beaucoup aux Guns N'Roses que vous connaissez».
Mais le New York Times, tout en concédant des «éruptions de virtuosité musicale remarquable» a comparé ce disque au «Titanic». «Il est énorme, luxueux, obsessionnel, avancé technologiquement et
(représente) la fin d'une ère. C'est aussi une épave, coulée par sa prétention et une production ultra-lourde», selon le journal.
La sortie de «Chinese Democracy» risque en tout cas d'avoir un goût amer pour un fabricant de soda, qui, dans un coup de publicité apparemment sans risque vu les multiples retards de l'album, avait
promis d'offrir une canette à «tout le monde aux Etats-Unis» si le disque était publié avant fin 2008.
L'entreprise a annoncé qu'elle tiendrait sa parole et invité les internautes à s'inscrire sur son site dimanche afin d'obtenir un bon pour une boisson.
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